DE VOUS AIEUX, en passant par moi !

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Catastrophe ferroviaire à Grésine !

Le 18 décembre 1876 se produisit ce qui fut peut-être une des premières catastrophes ferroviaires de l'histoire des chemins de fer.

 

Les faits nous sont rapportés par le "Patriote Savoisien" journal local de l'époque 

 

"Une catastrophe effroyable a eu lieu dans la soirée de dimanche, sur la ligne de Culoz à Modane, entre les gares d'Aix-les-Bains  et  de Châtillon.

Par suite de retards imputables, nous dit-on, à un autre accident survenu à Montereau....."

 

Cet accident eut des répercussions dramatiques sur la suite des évènements.

 

Mais avant de poursuivre notre récit, un plan de la ligne de chemin de fer nous sera utile pour comprendre les tenants et les aboutissants de cet accident.

 

source : Wikipédia :Ligne de Culoz à Modane 

 

L'accident de produisit au niveau de l'ancien tunnel de Grésine entre le kilomètre 117,883 et le kilomètre 118.245.

 

Queques photos du lieu pour se faire une idée de la configuration de la ligne à l'époque.

 

 

Sur la photo ci-dessus, en rouge  l'ancien tracé de la ligne dont la tranchée et la tête nord du tunnel sont toujours visibles aujourd'hui. 

Suite à l'accident, la ligne a été détournée plus au Nord. (source : forums LR PRESSE auteur : François)

 

Quelques mots encore pour remettre cette ligne dans son contexte historique de l'époque. Cette portion de ligne était empruntée par la "Malle 

Postale" appelée également "Malle des Indes"(1) qui étaient chargée d'amener le courrier d'Angleterre vers les Indes. Cette ligne a été construite à l'initiative du roi Victor Emmanuel d'Italie et inaugurée le 20 octobre 1856 car n'oublions pas qu'à cette époque la Savoie est toujours Italienne.

Cette ligne historique a nécessité la construction d'une digue, que l'on peut apercevoir sur la photo ci-dessus et le percement de trois tunnels dont celui de Grésine.

Suite au plébicite du 28 avril 1860, les savoyards font majoritairement le choix d'être rattaché à la France. Suite à ce rattachement, la gestion de la partie française de la ligne est confiée à la société PLM (2). (Paris-Lyon-Méditerrannée).

 

Le décor étant planté, revenons à l'histoire qui nous péroccupe aujourd'hui.

 

Le 17 décembre au soir, La Malle des indes est très en retard sur son horaire. Elle arrive à 19 heures à Culoz et repart aussitôt en direction d'Aix-les-bains alors qu'au même moment, croyant la voie libre, l'omnibus quittait Aix-les-Bains pour Culoz...sauf qu"à cette époque nous sommes en voie unique.

 

La suite nous est racontée par le journaliste du "Patriote Savoisien" :

 

  "Les deux épouvantables masses couraient ainsi au devant l'une de l'autre avec une vitesse d'autant plus effrayante qu'il fet la fé allait rattrapper le plus possible le temps perdu.

Le train N°265 qui était express (La Malle) marchait à raison de 70 kilomètres à l'heure et l'omnibus N°272 à raison de 40 kilomètres.

 

Le choc inévitable se produisit à l'entrée sud du tunnel vers 8 heures du soir. Les  locomotives s'encastrent l'une dans l'autre et les deux voitures de tête sont broyées sous la violence du choc. Les autres wagons viennent ensuite s'entasser les uns sur les autres.

 

Nous sommes donc en décembre et la nuit est déjà tombée et la fée électricité n' en est qu'à ses balbutiements, Quant au téléphone n'en parlons même pas . Les secours metrront plusieurs heures à arriver.

 

Les habitants du hameau tout proche prendront  en charge les premières victimes. Un train de secours est affrêté depuis Chambéry;

 

Des carcasses enchevêtrées, les  secouristes releveront 6 morts et 17 blessés dont 3 dans un état critique décèderont quelques heures après.

 

Parmi les victimes, on dénombrera 3 voyageurs et 6 employés du PLM.

 

Le préfet de Savoie arrivera sur place vers deux heures du matin en promettant des obsèques solennelles. 

 

Ces obsèques se dérouleront le 19 décembre en présence de toutes les autorités civiles et militaires et  de tous  les corps contitués.

 

Les funérailles nous sont rapportées dans les moindres détails par le journaliste du "Courrier des Alpes, l'Echo de la Savoie".

 

Si je vous parle aujourd'hui de cette catastrophe, c'est que parmi les victimes figurait mon aïeul  Jean HIDIER employé du PLM. 

 

Depuis de nombreuses années, je connaissais déjà la date de décès de Jean HIDIER mais je ne connaissais pas les circonstances de sa mort  bien que son décès dans la force de l'âge (29 ans) m'avait interpellé à l'époque. A sa mort il laissait seules, son épouse Louise DANTIN dans le désarroi et sa petite fille Jeanne-Aimée âgée  de 2 ans à peine.

 

Quelques années après,  c'est au tour de Louise de disparaître laissant sa fille orpheline. La suite de l'histoire  je vous l'ai déjà raconté dans "le destin de Jeanne-Aimée".

 

Nous connaissons précisément  le nom de toutes les victimes de cet accident ferroviaire :

 

Parmi les 3 voyageurs décédés nous trouvons : 

 

 Sir Mather Thomas, 37 ans, de Londres ; M.Marrug Mathieu 20 ans domestique au service de M.Mather Thomas (sujets britanniques) ; M.Jacques Jean-Marie commis voyageur de la maison Fortoul neveu de Mâcon 27 ans.

 

En outre de ces 3 "civils" , les cinq autres employés du PLM sont :

 

Michel GODDARD 42 ans mécanicien au PLM ; Paul Matthieu VINCENT 33 ans chauffeur au PLM ; Eugène LAMBERT 27 ans chauffeur ; Jacques Zanada 48 ans chef de train ; Germain Fusy 28 ans mécanicien.

 

Les actes de décès se succèdent dans le registre de la commune de Brison St Innocent à la date du 18 et 19 décembre 1876 et on peut imaginer aisément l'émotion mais également le travail de retranscription de l'Officier de l'Etat Civil qui n'avait jamais eu  jusque là autant d'acte de décès à inscrire en seul jour !

 

A la suite de cet accident,  une enquête fut diligentée  et la faute fut imputée au chef de gare de Châtillon qui n'aurait pas dû envoyer la Malle Poste avant l'arrivée de l'Omnibus. (3)

 

L'accident eut également des conséquences sur les infrastructures : le petit tunnel théâtre de la catastrophe fut abandonné en 1892. Tombé dans l'oubli, ses issues ont été peu à peu comblées. Une déviation  a été mise en place en 1894 et la voie fut doublée en 1911. (le Petit Saintinois -Juillet 2015)

 

L'entrée Nord du tunnel aujourd'hui bouchée.

 

Cette catastrophe eut même un retentissement national et je ne pourrai pas conclure sans citer l'hommage rendu aux  6 employés du PLM par le "Patriote Savoisien" et repris dans le Journal Officiel de la République :

 

"Au fond de la tranchée de Grésine, six braves gens , la plupart pères de famille : Zanada, Goddard, Fuzy, Lambert , Hidier, Vincent  ont aperçu la mort en embuscade; ils avaient choisir entre l'accomplissement d'un fatal devoir et l'abandon de leur poste *

Pas un n'à hésité, pas un n'a déserté,......la dernière pensée et le dernier effort de ces hommes de coeur ont été donnés à une oeuvre  de dévouement stoïque" 

 

sources : 

 

(1) La Malle des Indes ; article de Marc Assier dans  journal communal " Le Petit Saintinois" - Juillet 2015

 

(2) PLM : 

La Compagnie des Chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, communément désignée sous le nom de Paris-Lyon-Méditerranée ou son sigle PLM, est l'une des plus importantes compagnies ferroviaires privées françaises entre sa création en 1857 et sa nationalisation en 1938, lors de la création de la SNCF.

Desservant le Sud-Est de la France, et notamment la Côte d’Azur, la Provence, les Cévennes, et les Alpes, le PLM était la compagnie par excellence des départs en villégiature. La gare parisienne du PLM était la Gare de Lyon.

Outre les lignes ferroviaires, la compagnie proposait également de nombreuses lignes desservies par des autocars et possédait des hôtels en lien avec ceux-ci. L'une de ces lignes était la route des Grandes Alpes, itinéraire touristique réalisable en plusieurs étapes promu par le Touring-Club de France et la compagnie du PLM.

 

(3) « Collision suite d'un nez à nez. Erreur de cantonnement. A la suite d'une avarie grave de machine, le trafic était gravement perturbé. Le chef de gare d'Aix télégraphia au chef de gare de Châtillon une demande d'autorisation d'expédition du train 272. Celui-ci accepta la demande avant de fermer son disque en direction de Culoz. Allant fermer son disque, il vit passer l'express 265 en direction de Culoz. Il se précipita sur son télégraphe pour faire retenir le train 272 mais dans son émotion il envoya d'abords des mots incohérents, d'ailleurs le train 272 était déjà parti. La collision eut lieu dans une tranchée en courbe qui se trouve à l'extrémité du lac du Bourget. Les deux machines pénétrèrent l'une dans l'autre. Les premières voitures de chaque train furent broyées et les autres s'entassèrent au-dessus. Il y eut 9 morts et 14 blessés. » (source M. Henri Dropsy / Cercle génénalogique des cheminots).

 

 Le Patriote Savoisien décembre 1876.

 

Le Courrier des Alpes décembre 1876 

 

Le Journal Officiel du 5 janvier 1877

 

* une polémique était née quant à la réaction d'un des employés qui avait préféré sauter du train avant l'impact. On a reproché à ce dernier d'avoir déserté son poste.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



07/01/2018
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