Instituteurs et Poilus ! Freinet, "un pédagogue en guerre" (1) - de vous aieux en passant par moi

DE VOUS AIEUX, en passant par moi !

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Instituteurs et Poilus ! Freinet, "un pédagogue en guerre" (1)

 

De Célestin Freinet, beaucoup connaissent le pédagogue innovant qu'il fut et son combat  pour une  école émancipatrice et démocratique . Mis à part les initiés, peu connaissent son passé de soldat de la grande guerre.

 

Célestin Baptistin Freinet nait le 15 octobre 1896 à Gars dans les Alpes Maritimes; il est le fils de Joseph Delphin Freinet et de Marie Victoire Torcat couple d'agriculteurs.

 

Plurôt bon élève,, "il suit à l'époque la voie du primaire supérieur"(2). Après avoir été reçu au concours , il intègre l'Ecole Normale d'Instituteur de Nice. Il y passe deux ans et obtient son premier poste à la rentrée d'octobre 1914. 

 

 

Très vite il est rattrapé par la guerre, De la classe 1916, il est mobilisé le 15 avril 1915 par anticipation car au front les pertes sont énormes. Il avait tout juste 18 ans et demi et est versé au 2ème Régiment d'Infanterie avant de rejoindre Saint Cyr pour y effectuer sa formation de sous-officier. il monte rapidement en grade et est nommé successivement Caporal le 10 décembre 1915 puis sergent le 20 décembre de la même année pour terminer aspirant.

 

 

" C'érait le 2 janvier 1916.

J''étais aspirant. J'allais avoir à commander une section d'une quarantaine de soldats.

Pour la première fois je montais au front."

 

L'aspirant Freinet est versé au 140ème régiment d'Infanterie en février 1916 puis au 148ème RI. C"est à Besançon qu'il est cantonné dans un premier temps et qu'il subit ses premiers bombardements.

 

Puis il monte au front du côté d'Altkirch où il s'enterre dans les tranchées. 

 

De cette période il confie :

 

" Nous creusons des tranchées autour des villages. Nous installons des abris. De temps en remps, une rafale d'obus nous faire fuire vers le village.

Car l'ennemi ne bomvarde pas les villages qui continuent à vivre et à travailler.

Ce n'est encore que la petite guerre....."

 

La grande guerre, il la verrra en face très rapidement pour se retrouver dans les tranchées de la Marne près de Berry-au Bac-. Dans ses mémoires* il y décrit la boue, le froid, les barbelés, les bombardements, les mines., les poux les blessés .....et  les morts.

 

Après neuf mois au front, il obtient une permission d'une semaine. Le contraste entre la vie à l'arrière et la vie au front est brutal. 

 

"C'était comme deux mondes différents dont l'un était l'enfer"

 

La fin de la permission s'approche et la peur et  les questions demeurent :

 

"Reviendrons-nous un jour ? Reverrons-nous nos parents, notre village ?"

 

Puis arrive 1917 et ses mutineries. Célestin Freinet témoigne :

 

"Les soldats étaitent las d'endurer le long martyre des tranchées.

Quand ils allaient à l'arrière , ils voyaient les civils qui continuaient leur vie tranquille et parfois joyeuse.....

....Les uns profitaient de la guerre. Les soldats  en mouraient....

 

On connait la suite ; des soldats refusèrent de monter au front, des régiments se révoltèrent.

 

"Des soldats furent fusillés, d'autres changés de régiment.

L'ordre fut rétabli."

 

Le 23 octobre 1917, on retrouve Freinet  au "Chemins des Dames" à proximité de Lafflaux . Une grande offensive est prévue.

Après un tir de barrage de l'artillerie, L'aspirant Freinet  se lance à l'attaque à la tête de sa section. il n'a pas parcouru 200 m qu'il est atteint dans le dos. 

 

" Tout d'un coup j'ai reçu dans les reins comme un grand coup de bâton et je me suis écroulé"

 

Les premiers soins lui sont prodigués mais la bataille fait rage et on le met à l'abri dans un trou d'obus. Il y attendra longtemps qu'on vienne le rechercher. Il se voit mourrir.

 

Récupéré par les brancardiers, il est ramené à l'arrière pour y être soigné. La blessure est grave  et profonde :

 

"Plaie pénétrante postérieure au thorax...."

 

Pour Freinet, la guerre est terminée, S'en suivent de longs mois de soins et de convalescence.

 

Inapte à retourner au front, il est classé service auxiliaire le 22 juin 1918 puis réformé temporaire en novembre 1918, il est renvoyé dans ses foyers.

 

De sa guerre, Freinet revient avec  deux citations  la croix de guerre et  la médaille militaire, mais également des séquelles physiques importantes qui conditionneront ses futures pratiques pédagogiques.

 

Il revient également avec des convictions et rejoint très vite les mouvements pacifistes d'anciens combattants réunis autour d''Henri Barbusse. il s'engagera ensuite syndicalement et politiquement.

 

Sa fiche matricule nous rapporte de multiples invalidités qui lui vaut une pension de 80% et d'être réformé définitivement en février 1922.

 

 

Entre temps, Freinet peut enfin revenir au métier qu'il avait choisi et est nommé instituteur adjoint de l'école de garçon de Bar-sur-Loup. Il s'aperçoit très vite que sa blessure l'empêchera d'enseigner normalement.

 

https://www.informaticem.net/irisGT/popAudio.php?adresse=../irImage/freinet.mp3

 

Il confie ses difficultés à son inspecteur qui lui demande de "réflechir à sa vocation".

 

Ne voulant pas renoncer car  passionné par son métier et désireux de changer l'école, il met en place une pédagogie innovante et populaire. 

 

A peine sorti de la guerre , Célestin Freinet allait devoir  livrer un autre combat : celui de devoir imposer ses choix pédagogiques à sa hiérarchie, aux  élus et aux  parents d'élèves. 

 

Célestin Freinet est décédé en 1966 à Vence.

 

(1) J'ai emprunté volontairement ce titre à ce titre à Emmanuel Saint-Fuscien auteur d'un très bel ouvrage consacré à Célestin Freinet et paru aux éditions Perrin en 2017. C'est aussi volontairement que j'ai retiré le s au mot de guerre car je ne traite ici que de la guerre 14-18. Freinet eut d'autres combats : syndicaux et politiques et et il rejoindra la Résistance lors de la seconde guerre mondiale.

 

(2) L'enseignement primaire supérieur (E.P.S.) est un ordre d'enseignement qui a existé en France entre 1833 et 1941. Il est supprimé par Jérôme Carcopino qui sépare les écoles primaires supérieures de l'enseignement primaire en les transformant en collèges modernes (1941). Une partie survit dans le cadre des « cours complémentaires » donnés dans le Primaire, mais disparaît en 1959. (source wikipédia)

 

sources : 

 

"Touché ! Souvenirs d'un blessé de guerre " mémoires de guerre de Célestin Freinet parues aux éditions des Ateliers du Gue

 

Bibliothèque de Travail N° 403 d'Avril 1958.

 

Archives départementales des Alpes Maritimes 

 



10/11/2018
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